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EN BREF
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Pour évaluer l’empreinte carbone d’un pays, trois indicateurs sont essentiels : l’empreinte territoriale, l’empreinte de consommation et l’empreinte d’extraction. L’empreinte territoriale mesure les émissions de gaz à effet de serre à l’intérieur des frontières d’un pays. En revanche, l’empreinte de consommation prend en compte les émissions liées à l’utilisation des biens et services par les résidents, incluant celles provenant des importations, tandis que l’empreinte d’extraction se concentre sur les émissions générées par l’extraction des énergies fossiles. Ces trois mesures offrent une compréhension plus complète des enjeux climatiques et des efforts nécessaires pour atteindre une transition bas carbone.
L’empreinte carbone est un concept fondamental pour évaluer l’impact environnemental d’un pays et de ses activités. Ce terme ne se limite pas à une simple mesure, mais englobe trois indicateurs principaux : l’empreinte territoriale, l’empreinte de consommation et l’empreinte d’extraction. Chacun de ces indicateurs joue un rôle essentiel dans la compréhension des émissions de gaz à effet de serre, facilitant ainsi la mise en place d’actions concrètes pour atténuer le changement climatique. Cet article se penchera sur les spécificités de chacun de ces thermomètres et sur leur complémentarité dans la lutte pour une planète plus verte.
L’empreinte territoriale : une indication clé des émissions nationales
L’empreinte territoriale est l’indicateur le plus couramment utilisé pour mesurer les émissions de gaz à effet de serre d’un pays. Elle est calculée en tenant compte des rejets de gaz à effet de serre qui se produisent à l’intérieur des frontières d’un pays. Pour réaliser cet inventaire, des méthodes harmonisées sont appliquées, souvent en s’appuyant sur les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
Les données sur l’empreinte territoriale sont essentielles. Elles servent de référence lors des conférences des parties (COP), où les engagements des pays sont discutés et négociés. Chaque pays est responsable de son empreinte territoriale, ce qui implique un suivi rigoureux grâce à un système de monitoring, reporting, verification (MRV), une démarche qui devra être renforcée pour respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris.
La question des émissions de CO2 d’origine énergétique est particulièrement cruciale. En 2024, les rejets de CO2 résultant de l’utilisation d’énergies fossiles se chiffrent à environ 40 gigatonnes, soit 5 tonnes par habitant. Cela correspond à des activités comme la production de 3 tonnes d’acier ou la conduite d’une voiture sur 25 000 kilomètres. Après une accélération marquée des émissions au début des années 2000, un ralentissement a été observé au cours de la dernière décennie.
Parmi les principaux émetteurs, on retrouve la Chine, les États-Unis, l’Inde, l’Union européenne et la Russie, qui ensemble contribuent à deux tiers des rejets de CO2 mondiaux. Si les émissions diminuent en Europe et aux États-Unis, la croissance des émissions en Chine semble ralentir, tandis que celles de l’Inde continuent d’augmenter rapidement. La situation soulève la question d’un éventuel transfert des émissions entre pays, nécessitant une analyse approfondie de l’empreinte de consommation pour éclairer ce phénomène.
L’empreinte de consommation : entre usage et importations
L’empreinte de consommation examine les émissions de gaz à effet de serre liées à l’utilisation finale des biens et services par les résidents d’un pays. Avec la mondialisation, la situation s’est complexifiée, car les chaînes de valeur s’étendent au-delà des frontières, et les émissions associées à un produit fabriqué à l’étranger apparaissent souvent dans le pays d’origine, et non dans celui de consommation.
Pour évaluer l’empreinte de consommation, il est crucial d’ajuster les émissions de gaz à effet de serre du pays en tenant compte des échanges commerciaux : les émissions incluses dans les importations doivent être ajoutées, tandis que celles liées aux exportations doivent être retranchées. Ce processus implique l’utilisation de bases de données spécifiques, avec des méthodes standardisées permettant d’établir des bilans carbone pour les ménages ou les organisations.
À l’échelle macro-économique, l’empreinte de consommation est souvent analysée à travers des matrices entrées-sorties issues de la comptabilité nationale. Ce type d’analyse est complexe, ce qui explique les révisions fréquentes des estimations de l’empreinte de consommation, comme l’indique le Global Carbon Budget, qui fournit chaque année des données sur le CO2.
Les pays émergents, tels que la Chine et l’Inde, affichent une empreinte de consommation qui est généralement inférieure à leurs émissions territoriales, le décalage étant particulièrement significatif en Chine, où environ 10 % des émissions sont causées par l’exportation de biens manufacturés. En revanche, l’Union européenne est un importateur net d’émissions de CO2, avec une empreinte de consommation dépassant de 20 % ses propres émissions territoriales.
L’empreinte d’extraction : mesurer la production d’énergie fossile
L’empreinte d’extraction, ou empreinte de production, complète les deux autres indicateurs en mesurant les émissions résultant de l’extraction des énergies fossiles. Cet indicateur est plus simple à quantifier car il se concentre sur trois types de combustibles : le charbon, le pétrole et le gaz. Son analyse révèle une autre facette des émissions de CO2 à l’échelle globale.
Des rapports comme celui du programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP) partagent des données sur l’empreinte d’extraction pour différentes nations. Par exemple, l’Arabie saoudite et l’Australie émergent comme de nouveaux acteurs dans le tableau des principaux émetteurs en raison de leur statut d’exportateurs majeurs d’énergie fossile. En revanche, des pays comme l’Europe et le Japon, dont l’importation d’énergie est prédominante, disparaissent de cette liste.
La Norvège, par exemple, occupe une position élevée en Europe de l’Ouest en termes d’empreinte d’extraction, complicité dans son rôle d’exportateur de gaz. À l’inverse, la France, ayant réduit son exploitation d’énergies fossiles au fil des années, a vu son empreinte d’extraction devenir symbolique.
La complémentarité des trois thermomètres
Pour développer des politiques climatiques efficaces, il est impératif d’utiliser ces trois indicateurs en synergie. L’inventaire national, centré sur les émissions territoriales, joue un rôle crucial, mais ne doit pas être l’unique source d’information. L’empreinte d’extraction fournit des informations précieuses sur les orientations à prendre, en particulier pour les producteurs et exportateurs d’énergies fossiles qui généralisent les émissions mondiales.
Dans les pays développés, l’empreinte de consommation offre un éclairage sur les préoccupations climatiques liées à nos habitudes de consommation. Elle sert aussi à observer les éventuelles fuites de carbone qui pourraient établir un lien entre la baisse des émissions territoriales et une augmentation des émissions à l’étranger. Bien que cela n’ait pas été le cas dans les deux dernières décennies, la décarbonation des secteurs industriels et le transport pourraient modifier cette dynamique si elle n’est pas surveillée étroitement.
Pour surmonter le risque de fuite de carbone, des initiatives comme un mécanisme d’ajustement aux frontières sont à l’étude, garantissant l’égalité de concurrence entre les producteurs européens soumis à des quotas de CO2 et les importateurs exempts. Parallèlement, des régulations sur la déforestation associée aux imports de produits tropicaux sont également envisagées.
Opter pour une approche qui substituerait l’empreinte de consommation à l’inventaire des émissions territoriales pour les politiques climatiques pourrait sembler séduisant. Cependant, le fond du problème réside dans la nécessité d’accélérer la transition. Simplement changer d’indicateur ne suffira pas ; il est essentiel de réorienter les pratiques de consommation et de production pour garantir une baisse significative des émissions.
Afin d’explorer plus en détail ces enjeux, des ressources utiles sont disponibles pour quiconque s’intéresse à l’empreinte carbone, aux indicateurs de performance ou à des méthodes d’évaluation comme celles proposées par Climate Common Sense ou DD Mineurs. Des outils pour calculer son empreinte, comme ceux décrits sur Atmosphere Climat, sont également essentiels pour comprendre son positionnement par rapport à ces chiffres globaux.
Finalement, la lutte pour diminuer l’impact climatique repose sur une évaluation rigoureuse et précise de notre empreinte carbone, guidée par ces trois indicateurs clés. Le défi consiste à traduire les données en actions concrètes et à combattre efficacement la crise climatique en cours.

Témoignages sur l’Empreinte Carbone : Décoder les Trois Indicateurs Clés de l’Action Climatique
Lorsque j’ai commencé à m’intéresser aux questions climatiques, j’ai rapidement compris que pour agir efficacement, il était essentiel de comprendre l’empreinte carbone de notre pays. Les trois indicateurs : l’empreinte territoriale, l’empreinte de consommation, et l’empreinte d’extraction m’ont aidé à appréhender les enjeux liés à notre impact environnemental. Chaque mesure apporte une vision différente mais complémentaire, révélant l’état des lieux de notre contribution au réchauffement climatique.
En étudiant l’empreinte territoriale, j’ai réalisé que c’était l’indicateur le plus courant utilisé lors des négociations internationales, comme les conférences des COP. Les pays sont responsables de leurs émissions à l’intérieur de leurs frontières, et l’idée de pouvoir suivre ces chiffres est cruciale pour mesurer les efforts de décarbonation. J’ai constaté que certains pays comme les États-Unis et l’Europe réduisent leur empreinte grâce à des politiques plus strictes, tandis que d’autres continuent d’émettre des niveaux élevés de CO2.
Ce qui m’a particulièrement frappé, c’est l’importance de l’empreinte de consommation. En tant que citoyen dans une économie globalisée, je n’avais pas réalisé à quel point nos choix d’achat influencent les émissions de gaz à effet de serre qui se produisent à l’étranger. Cela m’a amené à reconsidérer mes habitudes de consommation ; chaque fois que j’achète un produit importé, je contribue indirectement à ces émissions. La nécessité de corriger les inefficacités dans le commerce international est plus qu’évidente.
Enfin, en apprenant sur l’empreinte d’extraction, j’ai pris conscience que les pays producteurs peuvent réduire leurs émissions territoriales tout en continuant à extraire et exporter des énergies fossiles. Je me suis rendu compte qu’il est primordial de surveiller non seulement les émissions générées sur notre sol, mais aussi celles qui résultent de nos actions à l’échelle mondiale. La transparence dans ces échanges est cruciale pour réduire les impacts globaux du changement climatique.
Au final, la complémentarité de ces trois indicateurs me semble essentielle. Il ne suffit pas de se concentrer sur l’empreinte territoriale seule ; pour avoir un impact réel sur le changement climatique, nous devons prendre en compte l’ensemble des dimensions de notre empreinte carbone. C’est en combinant ces différentes perspectives que nous pourrons mieux guider nos politiques climatiques et prendre des décisions éclairées pour l’avenir.

