Non : le Code du travail ne fixe aucune température maximale de travail imposant l'arrêt automatique de l'activité. Les repères de l'INRS alertent dès 28 °C en travail physique et 30 °C en travail sédentaire ; au-delà de 33 °C, la CNAMTS parle de danger. Les vigilances canicule de Météo-France obligent l'employeur depuis le 1er juillet 2025.
Pourquoi le Code du travail ne fixe-t-il aucune température maximale au travail ?
Le législateur raisonne en risque, pas en degrés : l'article L.4121-1 impose à l'employeur une obligation de sécurité. L'article R.4222-1 exige un air renouvelé qui évite « les élévations exagérées de température ». Aucun texte ne chiffre ce plafond, car 30 °C dans un bureau ventilé n'expose pas comme 30 °C sur un toit en zinc.
Les 19 °C ou 22 °C cités par service-public.fr sont des limites de chauffage des bâtiments, pas une température maximale de travail. Les confondre ruine une réclamation.Quels seuils de température au bureau, en atelier ou sur un chantier ?
Seuil Origine Effet 28 °C INRS (ED 6371) Risque avéré en travail physique 30 °C INRS Risque avéré en travail sédentaire 30 °C × 900 h/an Compte pénibilité (C2P) Acquisition de points de pénibilité 33 °C CNAMTS Danger pour la santé 34 °C CNAMTS Évacuation des bureaux si la climatisation reste en panne Vigilance jaune, orange, rouge Décret n° 2025-482 Obligations de prévention renforcéesLes repères de 28 à 34 °C n'ont aucune valeur réglementaire : seul le dispositif de vigilance de Météo-France, rendu opposable par le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, crée des obligations.
Vigilance jaune, orange, rouge : ce que l'employeur doit faire
Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 a créé les articles R.4463-1 à R.4463-8. La vigilance jaune ouvre l'« épisode de chaleur intense ». L'employeur évalue alors les risques et les consigne dans le DUERP ; les entreprises d'au moins 50 salariés les intègrent aussi au Papripact.
Mesures attendues : horaires avancés, pauses allongées, postes aménagés, protection solaire, équipements adaptés, formation. L'eau potable fraîche est fournie à proximité des postes, avec un moyen de la garder au frais. Sur les chantiers du BTP, le minimum est de 3 litres par jour et par travailleur (article R.4534-143). Les moins de 18 ans ne sont jamais affectés à des températures extrêmes (D.4153-36).
En vigilance orange, ces mesures se renforcent et, hors BTP, l'activité partielle s'ouvre sur demande à la DREETS. En vigilance rouge, l'employeur réévalue les risques chaque jour et arrête les travaux si la sécurité n'est plus assurée. L'inspecteur du travail met en demeure l'employeur défaillant, avec un délai d'au moins 8 jours ; l'amende pénale atteint 10 000 € par salarié concerné (L.4741-1).
Quelle température pour refuser de travailler ?
Aucune température n'ouvre à elle seule le droit de retrait. Les articles L.4131-1 à L.4131-4 exigent un motif raisonnable de penser que la situation présente un danger grave et imminent pour la vie ou la santé. La Cour de cassation (Cass. soc., 23 avril 2003, n° 01-44806) n'impose pas que le danger soit réel : la croyance raisonnable suffit.
Une vigilance rouge, 35 °C sous une tôle sans ombre ni eau ou un collègue pris de malaise rendent le retrait défendable. Démarche : alerter l'employeur, à l'oral puis par écrit ; prévenir le CSE, qui dispose de son propre droit d'alerte (L.4132-1) ; quitter le poste sans mettre autrui en danger. Les conditions, la preuve à conserver et les recours sont détaillés dans le guide sur le droit de retrait en cas de forte chaleur.
Un retrait justifié n'entraîne ni sanction ni retenue de salaire ; jugé abusif, il coûte la journée. La fiche du ministère du Travail sur les mesures obligatoires en cas de fortes chaleurs, mise à jour le 18 juin 2026, confirme l'appréciation au cas par cas.
Notre conseil : notez l'heure, la température au poste et le niveau de vigilance avant de vous retirer. Ces trois preuves pèsent devant les prud'hommes.BTP : quand la canicule ouvre droit au chômage intempéries
Depuis le décret n° 2024-630 du 28 juin 2024, la canicule figure parmi les intempéries de l'article L.5424-8. En vigilance orange ou rouge, l'entreprise qui arrête un chantier indemnise ses ouvriers à 75 % du salaire horaire, remboursés par la caisse CIBTP. L'arrêté du 8 avril 2026 impose de déclarer l'arrêt dans les 120 heures.